Le 20 septembre 2021 paraissait, dans la revue Lundimatin, un article de l’une d’entre nous, Silvia Lippi, intitulé « Le corps DIY (do-it-yourself) : symptôme et bricolage dans les expériences trans ». Comme il est d’usage dans la revue, le texte était accompagné d’images qui illustrent le propos de l’article. L’une d’entre elles est une photo prise pendant la manifestation du 1er mai 2021, qui représente une affiche publicitaire du dernier livre d’Elisabeth Roudinesco, Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires, couverte d’un tag, « ❤️ Trans power », écrit au feutre noir léger sur l’image du livre, ainsi que de deux affichettes collées sur le visage d’Elisabeth Roudinesco, portant l’inscription du fameux slogan féministe « Mon corps mon choix ». La reproduction de cette image a indigné non seulement l’auteure de Soi-même comme un roi, mais aussi les organisateurs du colloque Sexualité(s), qui aura lieu les 20 et 21 novembre prochain à Paris, sous le patronage de deux associations psychanalytiques, « Psychanalyse en extension » et « Espace analytique », et du laboratoire CRPMS de l’Université de Paris 7. L’organisateur principal de ce colloque, Pierre Marie, a ainsi informé Silvia Lippi qu’elle était déprogrammée, car selon lui la photo qui accompagne l’article est une attaque « à l’image et au nom » d’Elisabeth Roudinesco qu’elle a sciemment relayée, attaque qu’il se croit en devoir de sanctionner en ne la laissant pas parler lors du congrès.
Ce petit événement est certes négligeable dans la grande échelle cosmique. Nous avons longtemps hésité avant de nous résoudre à en parler. Si nous nous sommes décidés à le faire, c’est d’abord parce qu’il y est précisément question de parole et de silence. Se taire face à un événement de ce genre, au prétexte qu’il est négligeable et qu’on craint de se mettre dans la position de victime, alors que tant d’autres subissent bien plus violemment que nous les mécanismes de silenciation par lesquels tout pouvoir se reproduit, c’est malgré tout se rendre complice de l’opération qui consiste à faire taire. Ne pas ajouter l’autocensure à la censure, c’est déjà un bon début.
Ensuite, il nous a semblé que cet événement illustrait assez bien certains des mécanismes par lesquels celles et ceux qui ont aujourd’hui encore la maîtrise de l’espace du visible et du dicible protègent jalousement leurs prérogatives et se défendent contre les tentatives…
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Auteur: lundimatin

