Je m’en souviens encore si c’était hier et pourtant, c’était il y a dix ans. J’avais 23 ans. Début novembre 2014, je me promène un samedi après-midi avec un ami dans le centre-ville de Toulouse. Dans la rue, on entend du bruit et des cris. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Curieux, nous nous approchons pour tomber sur des dizaines de cars de force de l’ordre. Nous sommes juste deux passants intrigués. Rémi Fraisse était mort quelques jours plus tôt, à moins de cinquante kilomètres.
Un électrochoc
Qui sont ces gens ? Qu’est-ce qu’il se passe ?
D’un coup, de la lacrymogène est tirée. Je n’en avais jamais vu. Au milieu de ce chaos que j’observais comme un nouveau-né découvre le monde, une jeune femme se fait traîner au sol, par les cheveux. J’observe pour la première fois une violence policière. Un homme s’élance pour aller l’aider, et reçoit un coup de gazeuse au visage. Il termine au sol. Je vais l’aider sans réellement comprendre. Qui sont ces gens ? Qu’est-ce qu’il se passe ? L’homme tient dans sa main un petit appareil photo Sony. J’avais exactement le même modèle sauf que, contrairement à cet inconnu, je n’utilisais le mien que pour faire des photos de mes amis en soirée. En un instant, tout cela a résonné en moi avec une force que je n’ai réalisée que bien plus tard.
Je ne connaissais rien de Sivens ni de Rémi Fraisse
À partir de là, tout s’est enchaîné naturellement. Ce moment était pour moi propice au changement. Étudiant dans une école privée d’informatique, je ne trouvais plus de sens à grand-chose. En cette fin d’année 2014, voir ces gens se battre dans la rue fut un électrochoc. Je ne connaissais rien de Sivens ni de Rémi Fraisse, je vivais dans une bulle. Voir cette masse vibrer et hurler « Ni oubli ! Ni pardon ! » tout en encaissant les coups m’a époustouflé, dans un moment…
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Auteur: Maxime Sirvins

