L’année commence comme elle a fini. Le patriarcat tue, les médias protègent les agresseurs. Et le gouvernement sort les violons, alors qu’il laisse mourir les femmes sans bouger le petit doigt.
Isabelle avait 51 ans. Elle porte aujourd’hui le triste titre posthume de premier féminicide de l’année 2025. Le premier d’une liste qui, on le sait, sera encore longue. En 2024, le collectif NousToutes a comptabilisé 133 femmes mortes sous les coups de leur conjoint.
Dans la nuit du réveillon, dans le Nord, le mari d’Isabelle l’a roué de coups, jusqu’à la tuer. Il a ensuite appelé les pompiers, et évoqué une dispute lors de sa garde à vue.
Comme d’habitude, le traitement médiatique du féminicide est révélateur. L’agresseur n’est pas un étranger, il n’est pas sous le coup d’une OQTF. Il ne rentre pas dans la case du parfait agresseur. Alors on minimise, on temporise. On nous dit qu’ils avaient deux enfants, on interroge les voisins, qui nous rassurent : « c’était un couple discret ». Encore un bon père de famille en somme, selon la formule consacrée par Rose Lamy. Quant à la victime, elle est présentée comme une «mère dévouée».
La Dépêche, France 3, CNews, tous reprennent en titre les propos du mis en cause : « J’ai fait une bêtise ». Non, une bêtise c’est briser un vase, pas briser une vie. Les mots ont un sens. Prendre une vie ne sera jamais « une bêtise ». Rose Lamy dans l’excellent « Défaire le discours sexiste dans les médias » explique : « Quand il est impossible de nier ou de dissimuler les violences sexistes et sexuelles dans le secret de la vie privée alors les médias en parlent, mais bien souvent ils en relativisent la gravité. Dans un État de droit pour maintenir un système qui domine et violente plus de la moitié de sa population, il faut des techniques efficaces et discrètes, qui endorment tout risque d’indignation ou de révolte. »
Ainsi, on préférer parler…
Auteur: B

