C’est ce que les journalistes appellent « un marronnier ». Comme (presque) chaque année, une proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai a été mise sur la table ; et comme (presque) chaque année, une grande partie de la presse a soutenu l’idée. Cette fois, la tentative émane d’une proposition de loi LR reprise par Gabriel Attal, soutenue par le gouvernement, et examinée à l’Assemblée nationale le 10 avril. C’est le journal L’Opinion qui avait ouvert le feu, dès le 27 mars, avec un article de première page : « Attal veut autoriser le travail le 1er mai et séduire les patrons ». Gabriel Attal « a un coup en tête », explique le journal : « Faire adopter une proposition de loi qui autorisera le travail le 1er mai pour certaines professions. » L’Opinion se réjouit de cette volonté de « libérer le travail » (sic), mais prévient : « Le sujet est aussi controversé que porteur. »
Pour s’assurer des bonnes dispositions de « l’opinion » – ou en fabriquer une sur mesure –, la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) commande alors un sondage ; c’est La Tribune Dimanche qui se charge de le relayer (5/04) : « Les Français souhaitent en majorité travailler le 1er-Mai. » Le sondage est présenté comme « exclusif » et figure en manchette à la Une du journal, qui se permet de simplifier encore la formule pour être plus accrocheur : « Les Français veulent travailler le 1er mai ». Dans le papier qui présente les résultats, le micro est tendu au commanditaire de l’étude, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME : « Comme nous le pressentions, ils sont très majoritairement pour », se réjouit-il. Où la dialectique entre un institut de sondage et son client se dévoile : à travers une question orientée et simplifiant les enjeux à l’extrême, veuillez nous confirmer ce que « nous pressentions » ; aidez-nous à co-construire dans…
Auteur: Jérémie Younes

