D’habitude, les reportages en immersion sans commentaires à propos des affrontements se produisant lors des manifestations sont l’apanage quasi exclusif d’internet. Cette pratique journalistique – et de visionnage – s’est ancrée dans le paysage médiatique depuis une décennie grâce à une nouvelle génération de journalistes indépendants. Elle est aussi une conséquence médiatique du célèbre « maintien de l’ordre à la française », cet ensemble de pratiques répressives qui fait l’objet d’autant d’étonnement que de réprobation à l’étranger. Pratiques dûment documentées, donc, depuis une décennie grâce aux « journalistes de manif ».
Pour la première fois, un journal de 20 heures, cette grand-messe télévisuelle destinée à un public plus âgé et plus à droite que les audiences habituelles de Taranis News, s’est inspiré des codes de ce nouveau genre. Mais, semble-t-il, sans vraiment les comprendre, à regarder ce long reportage diffusé sur France 2 le 18 octobre, au lendemain d’une grande journée de manifestations. Cette séquence, désignée par le bandeau « Au cœur des violences », conclut un journal lui-même titré « Destructions, pillages : la France sous le choc ».
« Violence désinhibée au cœur de la capitale »
Voilà comment Laurent Delahousse l’introduit : « Une de nos équipes était hier en immersion au cœur de cette journée du 17 octobre, elle a assisté à cette bascule dans cette violence désinhibée au cœur de la capitale. » Suivent plus de 11 minutes où l’on peine à voir ce qui représente, à l’image ou en voix off, une « bascule ». Dès l’introduction, il est en effet plutôt question de « deux histoires parallèles » qui « se sont nouées dans les rues de Paris » avec, selon France 2, d’un côté, « une manifestation pacifique pour l’éducation et…
Auteur: Loris Guémart
