Alors que l’Occident commémore le 25e anniversaire de l’attentat du 11 septembre, la constitutionnaliste Eugénie Mérieau revient en détail et techniquement sur l’état d’urgence global qui en a découlé. En retraçant le lien souterrain qui ramène le philosophe allemand Walter Benjamin à la Palestine d’aujourd’hui, elle met en lumière le véritable état d’exception, soit celui qui fait éclater le continuum de l’Histoire.
« C’est la tradition des opprimés qui nous l’enseigne : « l’état d’exception » dans lequel nous vivons est en vérité la règle. Il nous faut aboutir à un concept d’Histoire qui reflète cette règle. » Si cette huitième thèse sur le concept d’histoire, que Walter Benjamin écrit en 1940 peu avant son suicide face à la catastrophe, revient tant nous hanter aujourd’hui, c’est que le XXIe siècle n’en finit plus de s’acharner à la confirmer : l’exception est le cœur de la structure du « droit global », et le moteur même de sa construction. La résolution 1373 du Conseil de sécurité des Nations unies, dont nous commémorons le 25ᵉ anniversaire le 28 septembre 2026, en offre une démonstration exemplaire – et la Palestine, dont le spectre est en son centre, expose cette structure dans sa nudité nue, avec toute la force et la brutalité d’un génocide en cours.
Le 12 septembre 2001, le Conseil de Sécurité des Nations Unies déclare, par la résolution 1368, la « guerre contre le terrorisme » ; le 28 septembre 2001, par la résolution 1373, il déclare l’état d’exception mondial. Dans cette deuxième résolution, prise comme la première avec la force contraignante du chapitre VII de la Charte de 1945, le Conseil de Sécurité, outrepassant ses compétences, impose aux 193 États-membres l’adoption de législations antiterroristes dérogatoires au droit international des « droits de l’homme », ciblant en particulier immigré-es et…
Auteur: dev
