Chaque année, l’État arrose les entreprises de centaines de milliards d’euros d’aides publiques. Officiellement, c’est pour l’emploi, la compétitivité, la recherche et l’innovation. En réalité, personne ne sait combien d’argent part exactement, ni ce qu’il devient. Les chiffres gonflent d’année en année : 160 milliards annuels, puis 211, aujourd’hui 270, soit plus que le total des dépenses publiques de santé. Pendant que les services publics sont étranglés, que les chômeurs voient leurs droits rabotés, et qu’on nous prend la tête avec la dette publique, les actionnaires encaissent sans condition ni contrôle. La sortie du livre Le grand détournement est l’occasion de refaire le point sur cette gabegie incontrôlable, dont nous payons tous le prix.
270 milliards d’euros d’aides publiques versées chaque année aux entreprises. C’est le nouveau chiffre qui circule médiatiquement, après les 211 milliards du rapport du Sénat d’il y a quelques mois. Il y a deux ans on parlait plutôt de 160 milliards. Va-t-on finir l’année à 300 milliards ? Si ce chiffre grossit sans cesse, c’est d’une part parce que les aides augmentent -elles ont été multipliées par 10 en trente ans-, mais aussi parce que l’État ne suit pas lui-même ces dépenses et qu’il faut donc des économistes, des politiciens et des journalistes pour tenter une estimation. Et à chaque fois on en oublie dans les coins. Comme le racontent les journalistes Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre dans leur livre Le grand détournement, à l’origine du calcul des 270 milliards, les hauts fonctionnaires du Ministère des Finances s’y emmêlent eux-mêmes les pinceaux. « Les aides aux entreprises résultent de l’empilement des mesures prises à différentes périodes, avec des modes opératoires différents. Il est très difficile d’avoir une vision d’ensemble », indique par exemple la directrice adjointe de la direction…
Auteur: Rédaction

