Arrivé au point culminant du parc André-Malraux de Nanterre, Ayachi se retourne, l’index pointé au loin vers l’horizon. Là-bas, derrière les arbres hauts, s’élèvent des tours plus hautes encore. « C’est là que j’ai grandi. » Pendant qu’il admire, à travers sa cascade de bouclettes brunes, cette vue surplombante déjà cent fois contemplée, son ami Simon remarque derrière eux un nouveau graffiti. « Antifa », est-il écrit en noir, sur un mur d’escalade.
Derrière ses lunettes teintées de gris, Simon est tout sourire. Il y voit une nouvelle preuve de ce qu’il répète à qui veut bien l’entendre : Nanterre, capitale des Hauts-de-Seine dans la banlieue ouest de Paris est, « depuis toujours, une ville de mémoire et de lutte ». Une ville qui abrite le Mont Valérien, tristement célèbre pour les exécutions de résistants, dont les membres du groupe Manouchian, menées pendant l’Occupation par l’armée allemande. Une ville modelée par ses histoires d’immigrations successives, dont celle des milliers d’ouvriers algériens logés à la fin des années 1950 dans des baraquements. Une ville dans laquelle ces deux enfants d’ici disent n’avoir « jamais été aussi fiers » d’avoir grandi.
Le parc André-Malraux, à Nanterre, offre une vue surplombante sur la sixième ville d’Île-de-France.
Maïa Courtois / Basta
Ayachi et Simon, tous deux âgés de 23 ans, se sont rapprochés depuis deux ans en jouant la pièce de théâtre Nemetodorum, produite à la suite de la mort de Nahel Merzouk, franco-algérien de 17 ans tué par un policier le 27 juin 2023 à Nanterre. Le théâtre des Amandiers et Nicolas Sene, coordinateur de l’espace jeunesse du quartier Pablo-Picasso, où vivait Nahel Merzouk, ont rassemblé quatorze jeunes autour du projet. Parler de jeu, ou même de pièce de théâtre, est presque inapproprié tant la mise en scène reflète la vie de ces jeunes Nanterriennes et…
Auteur: Maïa Courtois

