Livres, films, podcasts… Chaque semaine, Reporterre vous propose ses coups de cœur culturels.
• Voyages de Gulliver
Voici l’un des romans satiriques les plus drôles jamais écrits sur la folie des puissants et l’innovation scientifique sans discernement. Les lecteurs de l’époque s’en sont tellement régalés qu’il a fallu vite réimprimer.
Pour déjouer la censure, l’Irlando-Anglais Jonathan Swift (1667-1745) a eu recours au fantastique. Au fil de quatre voyages dans des contrées imaginaires, Gulliver va découvrir des mœurs totalement irraisonnées — un roi qui veut imposer le côté par lequel casser les œufs — et rencontrer des savants délirants : l’un tente d’apprendre aux araignées à produire directement des fils de couleur, l’autre s’entête à piéger les rayons du soleil dans des concombres…
Cela ne vous paraît pas sérieux ? N’y a-t-il pas aujourd’hui, en pleine sixième extinction des espèces, des scientifiques qui veulent ressusciter les mammouths et des gouvernants qui soutiennent le recours aux pesticides, contre toute raison scientifique ? C. Marin
• Les Racines du ciel
Morel, un Français rescapé des camps de travail nazis, a une idée fixe après la guerre : sauver les éléphants d’Afrique. Activiste radical, il bouleverse profondément les êtres qu’il côtoie, autant que les lecteurs de ce grand classique de Romain Gary, paru en 1956, car chacun projette dans son combat ses propres obsessions.
Précurseur de l’écologie profonde pour les uns, de l’écologie décoloniale pour les autres, allégorie de l’antifascisme ou de l’humanisme, ce roman est tout cela à la fois. Car Morel comme Gary, coincés dans leur époque, entre la Shoah et la peur de l’holocauste nucléaire, veulent sauver une part de beauté et d’indomptable sur Terre, dont dépend aussi notre humanité. Préserver les éléphants, c’est préserver « une marge humaine » du monde….
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