San Antonio (États-Unis), correspondance
Le Washington Post, c’est ce vieux Monsieur des médias étasuniens. Figure d’autorité, surtout ; critique du pouvoir présidentiel, aussi. Né en 1877 et mondialement connu pour avoir révélé le scandale du Watergate — une affaire d’espionnage politique qui conduisit, en 1974, à la démission de Richard Nixon —, le quotidien de la capitale fédérale a longtemps incarné l’essor du journalisme climatique des États-Unis. Le 4 février, il a été, à son tour, frappé par une vague de 300 licenciements parmi les quelque 800 journalistes de la rédaction.
Parmi eux, quatorze reporters environnement ont été écartés du deuxième quotidien étasunien. Tanisha, l’une d’entre eux, décrit ce 4 février comme « l’un des jours les plus sombres de l’histoire de la presse aux États-Unis ». « On parle d’un sujet vital pour l’avenir, et pourtant c’est l’un des premiers sacrifiés », s’emporte-t-elle auprès de Reporterre, encore sous le choc.
Un « acte criminel »
Déjà affaibli par une crise éditoriale et économique ces dernières années, le « WaPo », tel que le surnomment ses lecteurs, a fini par s’agenouiller devant l’administration Trump II afin de mieux servir son propriétaire milliardaire Jeff Bezos, le big boss d’Amazon. « Comment peut-on prétendre couvrir une crise mondiale permanente avec seulement quatre journalistes ? » s’interroge encore Tanisha.
« Cet acte criminel », comme l’ont qualifié plusieurs sources interrogées par Reporterre, s’inscrit dans une tendance plus large. Selon l’étude annuelle du Media and Climate Change Observatory (MeCCO) de l’Université du Colorado, 2025 a été une « année charnière » où la présence du climat dans les médias mondiaux a reculé de 14 % en un an et demeure 38 % sous le niveau record atteint il y a cinq ans.
Auteur: Théo Quintard

