Le 23 novembre 2021, en fin d’après-midi, Fikiru Tekalegn, un homme éthiopien de 46 ans, écrit à sa compagne : « On est en train d’essayer un passage, au revoir. » « Que dieu t’aide », lui répond-elle. Il se trouve dans le Nord de la France et espère rejoindre le Royaume-Uni. Quelques heures plus tard : « On est sur le bateau. […] Je vais éteindre le téléphone. On se parle demain ».
Mais le 23 novembre, pour Fikiru Tekalegn, comme pour trente autres personnes en exil, la nuit a été sans lendemain. L’embarcation de fortune sur laquelle il se trouve fait naufrage, le plus meurtrier ayant eu lieu à la frontière franco-britannique depuis le développement des traversées en « small boats » (embarcations de fortune) en 2018. Seuls deux hommes ont survécu.
Cinq ans après ce naufrage, s’ouvre ce mardi au tribunal correctionnel de Paris, le procès de quatorze hommes présumés passeurs. La plus jeune victime retrouvée, Hasty Hussein, avait 7 ans. La fillette se trouvait sur l’embarcation avec plusieurs membres de sa famille, eux aussi décédés.
Le 23 novembre, entre 18 et 19 heures, des personnes exilées cherchant à passer en Angleterre partent de la jungle de Dunkerque. À pied, ils rejoignent le lieu de mise à l’eau du bateau, à Loon-Plage. Quatre Kurdes les attendent, visages masqués. Des hommes gonflent le bateau dans un bois voisin de la plage. « On est repartis avec ce passeur car il a de bons matériaux et tout. On veut tenter [une traversée] une fois de plus. (…) On verra comment ça se passera » écrit, incertain, Shakar Ali Pirout, un Irakien de 30 ans, à sa famille, le 23 au matin.
« Certains ont dit que les secours ne viendraient jamais nous chercher »
« La qualité de l’embarcation était particulièrement médiocre », relèveront, de leur côté, les enquêteurs. « Ce bateau rudimentaire et de conception artisanale faisait…
Auteur: Pauline Migevant
