Qu’est-ce qui t’a amené à écrire « Saint Luigi » ?
NF : J’écris des ouvrages de critique sociale pour le grand public, c’est-à-dire la diffusion d’idées qui rénovent le concept de lutte des classes à travers des enquêtes et des analyses. « Saint Luigi » s’inscrit dans cette tradition.
Je précise toujours que Luigi Mangione est le principal suspect d’un meurtre et à ce jour, il plaide non coupable. Il avait 26 ans au moment de son arrestation pour le meurtre de Brian Thompson, qui est le PDG de United HealthCare, la principale assurance santé privée des Etats-Unis. Ce qui m’a frappé avec l’affaire Luigi Mangione c’est la réaction qu’elle a suscitée.
Contrairement aux actions terroristes des années 70-80 comme Action directe ou les Brigades rouges, qui produisaient de la répulsion. Là, il y a eu un élan de sympathie extraordinaire. Aux États-Unis, 40% des gens ont eu de la sympathie pour son geste ! C’est énorme et très révélateur d’une époque où la violence des riches devient tellement intolérable que même les moyens les plus extrêmes deviennent acceptables.
Pourquoi ce titre ?
NF : C’est évidemment humoristique. Je ne suis pas chrétien, mais je sais qu’on a tendance à nommer des gens ayant fait preuve d’abnégation et et de courage, et qui transcendent un peu le cours ordinaire des choses, quand bien même leur action peut être moralement répréhensible. Il y a eu beaucoup de saints, de gens sanctifiés par le Pape, par l’Église catholique, qui ont commis des meurtres. Saint Louis, roi de France, a participé à des croisades, par exemple. On peut dire que c’était un meurtrier. Donc finalement, il n’y a pas d’obstacle à sanctifier les meurtriers.
Comment analyses-tu le profil de Luigi Mangione ?
NF : Ce qu’on sait, c’est qu’il aurait dit dans un commentaire : « Toute forme de communication échoue. » Le manifeste retrouvé sur lui – contesté par sa…
Auteur: Isabelle Vauconsant

