50 ans après la catastrophe de Seveso, « il y a autant de dioxine dans les terres qu'à l'époque »

Seveso (Italie), reportage

À mesure que l’on approche de Seveso, de grandes bâches noires apparaissent le long de la route nationale qui relie Milan au lac de Côme, au nord de l’Italie. Sous ces toiles, des parcelles de terre viennent d’être dépolluées. Bientôt, cette voie rapide deviendra une autoroute mais avant, il faut retirer la dioxine enfouie dans le sol depuis cinquante ans, ravivant des craintes chez certains habitants.

Ce puissant polluant — le même que celui de l’agent orange épandu par l’armée étasunienne durant la guerre du Vietnam— y repose depuis la catastrophe industrielle qui a touché Seveso et les villes voisines, le 10 juillet 1976. Aujourd’hui méconnu, ce désastre est l’un des pires en Europe. Si bien que la ville a donné son nom à une directive européenne sur les risques industriels.

À l’époque, l’usine Icmesa du groupe Givaudan, propriété du géant pharmaceutique Hoffmann-La Roche, produit du trichlorophénol, une matière première pour les herbicides. Le jour du drame, à 12 h 37, la soupape de sécurité s’ouvre sous la pression provoquée par une surchauffe du réacteur, libérant un nuage toxique sur les villes de Meda, Seveso, Cesano Maderno et Desio. Très vite, des animaux meurent, les feuilles jaunissent, des cloques et des brûlures apparaissent sur les bras, le visage et les jambes des habitants. Mais seulement dix jours plus tard, la direction admet que de la dioxine s’est échappée du réacteur. Entre 15 et 18 kg, selon les dernières estimations.

« C’est le poison le plus puissant connu », affirme Paolo Mocarelli, directeur à l’époque du service de médecine de laboratoire à l’hôpital de Desio. Au total : plus de 30 000 habitants et travailleurs exposés ; 193 personnes, surtout des enfants, atteintes de chloracné (une affection cutanée sévère) ; des milliers d’animaux morts ou abattus ; plus de 700 personnes évacuées et…

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Auteur: Caroline Bordecq, Piero Cruciatti

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