« Une chose est certaine, je ne suis pas blanc. Dieu merci. Ça rend tout le reste supportable. »
Bob Kaufman n’est certes pas le poète vedette de la Beat Generation, la reconnaissance littéraire n’ayant au demeurant jamais été sa préoccupation. Ses quelques ouvrages ne sont que des mots jetés sur des bouts de papiers ou proféré devant des auditoires occasionnels, ils ont été le plus souvent rassemblés par Eileen, sa compagne, pour en faire des recueils présentables, ou encore récupérés par Mary Beach dans la poubelle de son éditeur. Abonné à l’alcool et à la came, aux arrestations sur la voie publique (pas moins de 39 pour la seule année 1959 !), il aurait même échappé de peu à la lobotomie lors d’un des séjours qu’il a effectués dans un hôpital psychiatrique. Mais au-delà des emmerdes et de l’angoisse, sa poésie coulait de lui sans fioritures, furieusement spontanée, empreinte des instants vécus comme des musiques qui l’habitaient, le jazz étant pour son âme un pensionnat ‒ il fut même surnommé : The Original Bebop Man.
DEAR PEOPLE
Nous faisons nos dents sur des coquilles d’huîtres,
Nous fûmes nourris avec le sang du Père
Et alors/
Foyers brisés,
Ne ripent jamais,
Et achetant des diamants
À même le dos
Des Nègres Sud-Africains
Les salopes en cire
sont bien habillées Ce Soir,
Dear People
Mangeons
du jazz
Né en 1925 à la Nouvelle Orléans, Il est l’un des treize enfants d’une mère catholique originaire de la Martinique et d’un père juif allemand. Imprégné des rituels religieux de l’un et de l’autre, non sans être nourri des croyances vaudouesques de sa grand-mère, il connaît aussi le patois français, et les lectures de Rimbaud ou de Baudelaire seront plus tard déterminantes pour lui, tout comme celle de Lorca . Ayant fui dès l’âge de treize ans la cellule familiale, il devient matelot sur des navires marchands, il fait ainsi neuf fois le tour du monde avant…
Auteur: dev

