L’éditeur Thierry Discepolo (à l’origine de la revue Agone et fondateur des éditions du même nom) lance l’alerte. En focalisant l’indignation sur Vincent Bolloré et ses outrances idéologiques, on occulte un système plus ancien où aucun grand groupe ne fait réellement contrepoids, ni économiquement ni politiquement. Derrière la dénonciation morale, c’est l’absence d’alternative structurelle qui interroge : une industrie verrouillée, où la diversité éditoriale survit moins par conviction que par inertie.
On peut penser tout le mal qu’on veut de « Bolloré ». Mais on lui doit une fière chandelle : l’extension de la prise de conscience des dangers que fait peser la concentration sur les médias et sur l’édition. Évidemment, ce revival pétainiste, qui concentre toute l’indignation, dévoile autant qu’il floute l’ampleur des dégâts. Pourtant, on comprend bien que le nouveau patron de Hachette n’a atteint sa pole position qu’en bénéficiaire d’un système qui l’a précédé.
C’est désormais par groupe que les plus gros achètent les moins gros.
Mais on voit moins à quel point les autres groupes éditoriaux ne proposent aucune alternative économique et pas vraiment d’antidote politique. Dans l’édition française, la concentration est un phénomène marginal avant la fin des années 1980, et son accélération, le pur produit de la mondialisation heureuse, avec Jean-Marie Messier en héraut tricolore. C’est l’effondrement du château de cartes qu’il bâtit sous le nom de Vivendi Universal Publishing qui grossira encore Hachette en 2002 et donnera naissance à Editis – autrement dit les bases de l’empire médiatique sur lequel règne désormais Vincent Bolloré.
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