« Je porte des lunettes depuis l’âge de 1 an, et toute ma famille en porte aussi, alors les magasins d’optique, on y va souvent ! » Julie a seulement 14 ans, mais en connaît un rayon sur les lunettes, et surtout sur les verres de présentation (également appelés verres de calibre) fabriqués en plastique. Insérés dans les montures qu’on essaye chez l’opticien, ils sont ensuite remplacés par les vrais verres à notre vue. Puis jetés… Quand elle a découvert ce gaspillage, la jeune mosellane a décidé de lancer la pétition « Opticiens : stop à la surconsommation de plastique ! » début février. Son appel a déjà recueilli plus de 12 000 signatures.
« En France, il y a 12 833 magasins d’opticiens, explique Julie à Reporterre. Ce qui fait des tonnes de plastique jetées chaque année rien qu’en France. Mais il est difficile d’avoir un chiffre de l’ampleur de cette pollution. » À raison d’environ 18 millions de paires de lunettes vendues chaque année, « ce sont a minima 90 tonnes de plastique qui partent au rebut, a calculé Carole Riehl, opticienne engagée pour une lunetterie plus écoresponsable. Et c’est sans inclure les lunettes non vendues ».
Un support marketing pour les marques
À quoi servent réellement ces verres ? « Les calibres de présentation permettent dans un premier temps aux clients d’identifier la marque de la monture », explique la porte-parole d’Optic 2000. C’est l’une des critiques de Julie : ces verres polluent alors qu’ils servent surtout de support marketing pour les marques qui peuvent y graver ou étiqueter leur nom.
Ces verres protègent aussi les montures, insistent les professionnels : « Les montures sont solides mais, en magasin, elles sont amenées à être manipulées par les clients et les opticiens, précise Optic 2000. En l’absence du calibre, la monture peut être déformée plus facilement. Le verre maintient le cercle pendant toute la durée de vie de la monture. » Un argument qui ne convainc pas vraiment Carole Riehl. Selon elle, si la monture se déforme, dans 90 % des cas, c’est parce qu’il y a un problème de qualité de la matière. « Quand les fabricants utilisent du plastique injecté pour les montures bas de gamme ou les secondes paires gratuites, la monture est généralement moins solide que si elle est fabriquée avec de l’acétate de cellulose. »
Selon elle, le verre de présentation reste indispensable seulement dans certains cas, comme pour les montures percées (lunettes sans monture). Le supprimer totalement ou le remplacer par du carton serait parfaitement envisageable. Quelques rares opticiens et marques le font déjà, comme l’a constaté Acuité, un site d’information…
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Auteur: Fabienne Loiseau Reporterre

