Strasbourg (Bas-Rhin), reportage
« Alors, qui se sent prêt à aller parler changement climatique dans les écoles ? » En face de Féris Barkat, professeur du jour, trois mains se lèvent. En cette fin février, une dizaine de formateurs en herbe se sont réunis à Hautepierre, dans l’ouest de Strasbourg, pour peaufiner le déroulé des prochains ateliers à destination d’élèves de quartiers populaires. Une scène qui fait partie de la nouvelle routine de Féris Barkat, 20 ans et cofondateur de Banlieues climat.
Boule d’énergie au physique élancé, il a monté l’organisation en septembre dernier, sur les conseils d’Abdelaali El Badaoui, à la tête de l’association Banlieues santé. L’objectif : sensibiliser des jeunes de banlieue au changement climatique, puis les envoyer enseigner sur le sujet à leur tour. Pour l’instant, une seule promotion a été formée. Prémices d’un mouvement écolo au milieu des barres d’immeubles HLM ? Le fils unique d’une mère marocaine et d’un père d’origine algérienne y croit dur comme fer : l’avenir des cités passe par la lutte contre le défi climatique.
C’est d’ailleurs ainsi que celui qui est né à Illkirch, commune du sud de Strasbourg, séduit et rallie à sa cause les plus ignorants de ces questions. Pas avec des discours prônant la réduction de la consommation ou l’interdiction de prendre l’avion, car dans les banlieues, on vit déjà, faute de moyens, cette sobriété forcée. Lui parle d’un rêve d’émancipation. Du désir de reprendre la main sur un quotidien souvent difficile en zone classée sensible. Il y a le besoin de penser « une autre écologie, ancrée dans la réalité sociale. Moi je ne parle pas des ours polaires, même si c’est important. J’essaie de rendre ça le plus concret possible », dit Féris Barkat, pull jaune pastel sur les épaules.
Concret comme la pollution de l’air par les usines et les incinérateurs de déchets, majoritairement construits aux abords des banlieues. Concret comme l’accès à une alimentation de qualité qui rime avec bonne santé — « ici, on n’a que des kebabs ». Ou concret comme offrir des opportunités professionnelles à une jeunesse exclue du marché de l’emploi.
S’émanciper des « lieux bannis »
Ce chemin vers cette « écologie émancipatrice », que le Strasbourgeois souhaite partager à tous les résidents des « lieux bannis » — quartiers comme villages isolés —, il l’a, lui aussi, récemment emprunté. C’est au cours de sa terminale dans le privé, en 2020, que le brillant lycéen a pour la première fois entendu le terme « changement climatique ».
À cette époque, il projetait de faire de grandes études, et avait même, dans ce but,…
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Auteur: Nina Guérineau de Lamérie Reporterre

