Qui ne connaît pas Robinson Crusoé ? Qui n’a jamais rêvé aux aventures de ce marin naufragé, à son expérience de la solitude ou à son île déserte ? Robinson appartient à notre imaginaire collectif, au point d’en faire oublier parfois son créateur, Daniel Defoe, et l’ancienneté du roman original, dont la parution en langue anglaise remonte à 1719.
Malgré ses 300 ans passés, Robinson n’a jamais cessé d’exister à travers de multiples reprises qui ont transformé le texte premier en mythe littéraire et ont donné lieu à la création d’un genre, la robinsonnade. Defoe est ainsi devenu malgré lui le père fondateur d’une longue lignée de récits (littéraires mais pas que), tantôt fidèles aux messages de leur modèle, tantôt critiques, mais toujours prolongeant la fascination exercée par Robinson sur petits et grands.
Rien ne prédestinait pourtant le roman à connaître un réel engouement en littérature de jeunesse. Quoi de très séduisant, pour des enfants, dans cette œuvre-fleuve ponctuée de méditations spirituelles qui reflètent le retour en religion d’un Robinson dévoyé par sa vie de marin ? Car Robinson Crusoé de Defoe est tout autant un roman d’aventures, celui d’une aventure coloniale notamment, qu’un récit de conversion religieuse à dimension apologétique.
Rousseau, Jules Verne, William Golding et le succès des robinsonnades
On doit en partie à Jean-Jacques Rousseau le glissement, au XVIIIe siècle, de la robinsonnade dans le champ de la littérature de jeunesse. Le philosophe voit, en effet, dans le roman de Defoe l’illustration de sa théorie du bon sauvage et de sa défense d’une éducation calquée sur l’état de nature.
Or le bon sauvage, selon Rousseau, c’est Robinson et non…
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Auteur: Mathilde Bataillé, Enseignante-chercheuse, Université d’Angers

