L’enclave arménophone du Haut-Karabakh (Artsakh, localement) subit un blocus instauré par l’Azerbaïdjan le 12 décembre 2022, à la suite de sa guerre de reconquête menée à l’automne 2020. La semaine dernière, la communauté arménienne organisait à Paris une soirée d’appels à la solidarité en France. Parmi les témoignages, celui de Dzovinar, journaliste TV.
Je suis née à Stepanakert [capitale de l’Artsakh] et j’ai survécu à trois guerres. J’ai passé mon enfance dans les sous-sols. Mes souvenirs d’enfance, même les bons, sont liés à la guerre. Le goût particulier des bonbons, nos jeux dans les bâtiments détruits par les bombardements, les pulls de laine épaisse que nos mères tricotaient pour les soldats, les spectacles que nous préparions pour nos pères qui rentraient de temps en temps, et l’odeur de la cigarette qui signifiait que le mien était revenu. J’étais déjà grande avant d’avoir grandi.
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Je suis mariée avec un rescapé des massacres de Bakou, Gary. Il est militaire et sert dans les forces armées de défense. Ce mot est important, car notre armée a toujours défendu la paix si fragile, héritée de nos pères. Presque toutes les femmes de mon pays ont accepté d’envoyer leurs maris, leurs fils, leurs pères pour protéger notre terre. Je présente le journal télévisé et réalise des reportages pour la chaîne de télévision publique d’Artsakh. Quand a commencé la guerre d’avril 2016, je me suis rendue sur le front et j’y ai retrouvé par chance mon mari en vie. Au printemps, nos champs prennent la couleur rouge des pavots à l’odeur enivrante. Mon mari en a cueilli quelques-uns pour moi sous les…
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