À bas bruit

La fraîcheur du soir recule. Le bleu du ciel
brûle, captif dans la couche de pollution qui sature l’air.
La canicule s’éternise –
sols craquelés dans l’attente de l’orage qui ne vient pas,
fruits rabougris, manque d’eau.
Les branches des arbres s’affaissent. Les feux de forêt
jouxtent les villes. Images insomniaques sur la rétine –
les flammes progressent : habitats sauvages détruits,
villages réduits en cendres.
Avec les premières pluies, une boue noire
s’épanche dans la vallée…

Nos souvenirs standardisés nous laissent sans recours.
Ils ne sont plus des forces aptes à creuser
de nouvelles cavités en nous – leurs maigres empreintes
collent à la vitre un moment puis se détachent,
incapables de tracer une cartographie d’ombres nues,
de signes à même le sensible. Fragile palimpseste,
les anfractuosités du corps se referment.
Manque d’air. Ça respire mal par les yeux, par la peau.

Nous détruisons l’espace en le remplaçant
partout, par une doublure de marchandise.
Où est le cœur ? Sur quelle émotion a-t-on jeté l’opprobre
pour lui préférer la tumeur de la simplification de la vie ?
Nos gestes n’en sont que plus brutaux, nos âmes
plus résignées à leur sort de langue morte.
L’inattention dans nos façons d’habiter le monde
change la culture en produits culturels –
la fadaise fait école. On n’y voit goutte
dans ces réclames ripolinées aux bons goûts d’antan
où la consommation vend du vide ; où la mémoire
n’a plus d’enfance ; où les désherbants font recette.
Surface lisse… une page efface l’autre.
La question : « Qui sommes-nous ? » s’évide de l’intérieur.
Le désir d’immortalité annule la métamorphose –
pour quel visage ? quel reniement de nous-mêmes ?
Parce que si nous sommes humains, si quelque chose encore
peut préserver notre humanité, n’est-ce pas
d’être changé par la vie… de cultiver cette qualité…

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Auteur: dev