Une filière dos au mur
En 1995, une sécheresse frappe la Malaisie, alors que de tels épisodes y étaient rarissimes. Baisse de productivité, feux récurrents, dégâts en cascade. Ce n’était qu’un avant-goût.
Alain Rival, chercheur au CIRAD, le dit sans détour, pour La Relève et La Peste : « Il est temps de changer un système de production qui n’a pas beaucoup évolué depuis une centaine d’années et qui repose sur une exploitation intensive des ressources du palmier à huile. »
La pression est double. D’un côté, le climat. De l’autre, la main-d’œuvre qui fuit. Les moins de trente ans ne se projettent plus dans des travaux pénibles, mal rémunérés, au fond de plantations isolées.
« Les étudiants que je rencontre, en Asie comme ailleurs, sont très sensibles aux questions d’environnement et de conditions de travail. Ils ne rêvent pas de passer leur vie dans des plantations extensives, monospécifiques, avec des tâches répétitives », observe Alain Rival.
Or le palmier à huile est une culture très gourmande en main-d’œuvre pour la récolte. « Il y aura un moment où l’on n’aura plus vraiment le choix », tranche-t-il.
Alain Rival
39 hectares pour tout changer
TRAILS, « climaTe Resilient lAndscapes for wIldLife conservation », est implanté dans l’État de Sabah, à Bornéo. Une parcelle expérimentale de 39 hectares combine différents modèles de plantation : rangées intercalées, mélanges d’espèces arborées et îlots forestiers. C’est peu face aux dizaines de milliers d’hectares des grandes concessions. C’est suffisant pour documenter ce que personne n’avait encore mesuré.
84 placettes instrumentées mesurent en continu photosynthèse, luminosité, humidité, résistance au vent et à la sécheresse. Les chercheurs comparent monocultures, lisières de rivière, secteurs replantés et forêt primaire voisine. La faune, cependant, n’a pas attendu les conclusions scientifiques.


« Ces…
Auteur: Isabelle Vauconsant

