Ce mardi 7 juin et mercredi 8 juin, les eurodéputés débattent et votent une série de mesures pour la transition écologique. Neil Makaroff, responsable Europe au Réseau Action Climat (RAC), décrypte les enjeux de ce scrutin important.
Reporterre — Cette semaine, les eurodéputés doivent voter la fin de la vente des véhicules essence, diesel et hybrides neufs au plus tard en 2035. Cette mesure a-t-elle des chances d’être adoptée ?
Neil Makaroff — Oui, elle a des chances d’aboutir, même si certains députés de droite, influencés par les constructeurs automobiles, font un intense lobbying pour repousser la date à 2040, voire supprimer toute échéance précise. 2035, c’est pourtant la date minimum si l’on veut respecter notre budget carbone. On a tout intérêt à aller plus rapidement. Une transition rapide vers les véhicules à faible émission est le meilleur moyen de préserver et de créer des emplois : il faut que nos constructeurs prennent le virage maintenant, avant que des concurrents chinois ou américains inondent l’Europe avec leurs véhicules électriques. Le gouvernement français n’est d’ailleurs pas ambitieux sur ce sujet, il défend une échéance à 2040 avec une exception pour les hybrides.
Les députés seront aussi amenés à adopter d’autres lois européennes écologiques cruciales — ce que l’on appelle le paquet climat. Quelles autres mesures sont prévues ?
Le mastodonte, c’est la réforme du marché carbone. En Europe, les entreprises sont censées payer chaque tonne de CO2 émise [le prix de la tonne s’élevait à 80 euros fin 2021]. Sauf que ce système est largement inopérant. Les industries — de l’acier, du ciment, des engrais — bénéficient en effet de « permis de polluer gratuits » : elles n’ont quasiment rien à payer ! Résultat, elles sont devenues des passagers clandestins des politiques climatiques. Les émissions de gaz à effet de serre liées à l’industrie n’ont pas baissé depuis 2012.
Au départ, cette dérogation devait leur permettre de faire face à la concurrence internationale. C’est pourquoi les eurodéputés doivent aussi voter cette semaine la création d’une taxe carbone aux frontières. On taxerait les produits importés en fonction de leur empreinte carbone, afin de « contrebalancer » le marché carbone européen. Sauf que le lobby industriel fait énormément pression pour garder ses droits à polluer gratuits, en plus de la taxe carbone ! Les eurodéputés doivent siffler la fin de la récré et renforcer pour de bon…
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Auteur: Lorène Lavocat Reporterre

