Amir* se baisse pour tapoter ses chaussures de sport : oui, elles sont bien humides et du sable s’est engouffré à l’intérieur. Vers 4 h 30 du matin, lundi 16 septembre, l’homme d’une quarantaine d’années a essayé de fuir la France depuis la plage de Wimereux, à 35 kilomètres au sud de Calais. Ils étaient une cinquantaine sur un bateau de moins de dix mètres de long, dont plusieurs familles avec des enfants. L’embarcation a eu un problème à quelques mètres du rivage. Ils ont été contraints de revenir.
Les prénoms suivis d’une astérisque ont été changés.
Sur la plage plongée dans l’obscurité, Amir et les autres exilés qui ont tenté la traversée pour rejoindre l’Angleterre pensaient trouver des secours. Ce sont cinq camions de CRS qui les attendaient. Les policiers étaient casqués et munis de LBD. Des personnes à bord ont rapporté l’usage de gaz lacrymogène. Dans la cohue provoquée par le nuage âcre, plusieurs se sont blessés en tombant, comme cette mère qui a dû être emmenée seule à l’hôpital par les pompiers.
Amir regarde autour de lui. Certes, contrairement au naufrage de la veille ayant fait au moins huit morts, à celui du 7 septembre où un enfant reste porté disparu, et à celui du 3 septembre où au moins douze personnes sont décédées, là, tout le monde est sain et sauf. Mais il pleut, personne ici n’a de tente et lui n’a rien à manger. Certains partent dans un lieu de vie improvisé à une centaine de mètres. La plupart attendent le premier train pour rentrer à Calais. À Axel, coordinateur pour Utopia 56, et Gaëtan, bénévole pour l’association, Amir a cette question simple qui résume bien la situation locale : « Pourquoi la police nous empêche de partir en mer et nous…
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Auteur: Hugo Boursier

