Les batteries des véhicules électriques alimenteraient-elles un génocide dans les forêts d’Indonésie ? L’ONG britannique Survival International, spécialisée dans les droits des peuples autochtones, sonne l’alarme à ce sujet depuis un an. Scène du crime : l’île d’Halmahera dans l’archipel des Moluques, où deux mondes sont en collision frontale.
Dans ces forêts primaires vit le peuple Hongana Manyawa dont une partie (300 à 500 individus, selon Survival) est « non contactée », c’est-à-dire qu’elle n’a aucun contact avec le reste du monde — à part quelques échanges avec les 2 500 membres sédentarisés de la tribu et des conflits avec les autres villageois.
Sous ses pieds, le sol riche en nickel a attiré la société française Eramet. Avec la compagnie chinoise Tsingshan, cette dernière a créé Weda Bay Nickel (WBN, dont Eramet est actionnaire à 39 %) dans le but de creuser la « plus grande mine de nickel au monde », nécessitant de déforester 6 000 ha. Selon l’association Canopée, 2 000 ha ont déjà été défrichés.
« Les Hongana Manyawa se considèrent partie intégrante de la forêt, et parcourent un vaste territoire afin de cueillir et chasser ce dont ils ont besoin pour vivre », explique Callum Russell, responsable de la zone Asie pour Survival. Or, l’ONG estime que 75 % de la concession d’Eramet (qui totalise 45 000 ha) chevauche ce territoire. Ce qui crée des frictions : une vidéo publiée par Survival montre deux hommes vêtus d’un pagne blanc s’approcher bâton en main des employés d’une compagnie forestière pour leur signifier leur déplaisir.
Survival International craint que la présence d’Eramet (dont l’État français est actionnaire à 27 %) prive les Hongana Manyawa des conditions nécessaires à leur survie, ou finisse par leur transmettre des maladies pour lesquelles ils n’ont pas d’immunité. Cela rendrait Eramet « au minimum coupable de…
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Auteur: Rémy Bourdillon

