Abod Nasser a 25 ans. Et les rêves et les ambitions de tout jeune homme. Son souhait est de vivre de ses dessins. Sauf qu’il est né en 2000 à Gaza — « l’année où l’aéroport de la ville a été bombardé » —, y a toujours vécu, et que son esprit, sa chair, son cœur sont traversés des mille intimes souffrances qu’endurent les habitants de ce pays martyrisé.
« Je ne connais que Gaza, dit-il à Paris, où il est arrivé fin avril, j’ai vécu à Jabalia, dans le nord du territoire. Je n’étais sorti qu’une fois, une semaine, pour aller en Cisjordanie, quand j’avais 17 ans. C’est alors que j’ai pris vraiment conscience, en traversant des murs pour sortir, que nous étions enfermés. »
Aucun pathos dans les propos du jeune dessinateur, au contraire, une réserve immense, pour ce que lui et sa famille ont vécu depuis octobre 2023. « On était habitués aux bombardements, j’ai connu plusieurs guerres auparavant en 2014, en 2018, en 2022, mais là, c’est plus violent et plus dur que tout ce qu’on avait vécu. »
« J’ai perdu des membres de ma famille, j’ai vécu dans une tente, j’ai eu faim »
Il livre des bribes de sa vie depuis des mois. « Comme tout le monde à Gaza, j’ai perdu des membres de ma famille, j’ai vécu dans une tente, j’ai eu faim. Un de mes plus chers amis, avec qui j’avais été à l’école, est mort. Nous sommes toujours restés chez nous, dans le nord de la bande. En décembre 2023, les tanks sont venus dans le quartier, avec des soldats ; nous sommes restés silencieux, sans bouger, plusieurs jours dans la salle de bain, à six, pour se cacher. »
Les soldats sont repartis. La vie a repris, au rythme des bombes, de l’inquiétude pour les proches, de la détresse pour les morts, de la course incessante pour prendre des nouvelles, pour aider, ou pour trouver les moyens de survivre au quotidien.
« Quand il n’y avait plus rien, on mangeait les herbes…
Auteur: Hervé Kempf , Mathieu Génon

