« Tout le monde a besoin d’un suivi psychologique dans la bande de Gaza, même les psychiatres ont besoin de voir un psychiatre », ironise Esraa pour parler de sa propre détresse. Après plus d’une dizaine de déplacements forcés, la jeune femme âgée de 23 ans vit avec sa mère et son petit frère à Gaza City. Depuis la trêve décidée en octobre dernier, Esraa essaie de reprendre ses études de communication. Elle rêve de devenir journaliste.
« J’essaie de gérer seule mes émotions, confie la Palestinienne. Je dois me tenir debout. Si je commence à trop réfléchir à ma fragilité psychologique je vais m’effondrer. Tellement de choses me manquent de ma vie d’avant. J’aimerais pouvoir à nouveau regarder des séries dans mon lit, charger mon téléphone quand je veux. Le rire des gens me manque également. Ma meilleure amie aussi… » Esraa n’a pas pu faire le deuil de celle qu’elle considérait comme sa sœur.
Dans la bande de Gaza, survivre reste la principale urgence. Survivre à l’hiver, à la pluie, au manque de nourriture, d’hygiène… La liste est si longue. L’angoisse, l’anxiété, la peur de l’avenir ou encore le désespoir, toutes ces émotions sont étouffées au sein des familles et dans les relations sociales. Basel, 28 ans, a pris l’habitude de taire ce qu’il ressent à ses proches.
« C’est très compliqué : d’un côté je suis soulagé depuis que la trêve a été signée mais, de l’autre, les mauvais souvenirs me paralysent », écrit le jeune homme sur WhatsApp. Plusieurs membres de sa famille ont été tués dans des bombardements. « C’est comme si mon corps et mon cerveau étaient enfermés à jamais dans une prison remplie d’horreur, comme si j’étais condamné à ne jamais en sortir. »
C’est comme si mon corps et mon cerveau étaient enfermés à jamais dans une prison remplie d’horreur.
Basel
Au bout de quelques…
Auteur: Céline Martelet

