Beyrouth (Liban), correspondance
Le 7 mai dernier, Hanine al-Dalo a emmené ses deux enfants, Youssef (8 ans) et Rawaa (5 ans), dans les ruines du centre-ville de Gaza. C’était l’anniversaire de la petite dernière, le premier sans son père, tué dans un bombardement un an plus tôt. L’enfant avait vu sur les réseaux sociaux un snack populaire nommé Al-Taylandy, servant encore des pizzas au milieu des décombres. « Wow, maman, quelle belle pizza ! Cet endroit ne peut pas être à Gaza », s’est-elle exclamée, ayant oublié les joies quotidiennes de la vie d’avant la guerre.
« J’étais submergée par le bonheur de peut-être réaliser un souhait de mon enfant », confie Hanine à Reporterre par WhatsApp. Elle avait économisé pour l’occasion, espérant que les prix soient décents et les passages ouverts. Mais la réalité les a vite rattrapés : la part coûtait 35 shekels (9 euros), quatre fois plus qu’avant la guerre.
Ils s’étaient assis pour manger quand plusieurs bombes ont frappé le restaurant et le marché ouvert dans la rue attenante. Criblés de shrapnel, Youssef a subi une opération à l’intestin, Rawaa a eu la jambe fracturée, et Hanine a été blessée à la poitrine, aux pieds et à la main. « Jamais je n’aurais cru que pour une part de pizza, mes enfants et moi serions jetés dans les hôpitaux de Gaza. » Ce jour-là, 33 personnes ont péri alors qu’elles venaient seulement acheter de quoi manger.
La famine comme arme de guerre
L’histoire de Hanine et de ses enfants illustre le quotidien d’une population piégée dans une bande de Gaza assiégée. Depuis le 2 mars, aucune aide humanitaire n’y entre. Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) alerte sur une famine généralisée, tandis que Médecins sans frontières (MSF) dénonce « des conditions pour une éradication des Palestiniens à Gaza », rapportant un triplement des cas de malnutrition…
Auteur: Philippe Pernot

