À Haïfa, la crise d’identité des Palestiniens d’Israël

Derrière la caisse de sa boutique parfumée d’épices, Mahdi, 27 ans, est nerveux, en pilote automatique. « Tout va bien, assure-t-il. On reste ouverts, mais les gens ont peur. » Et lui ? « Je ne me mêle pas de politique, Haïfa est la meilleure ville du monde », dit-il en rendant la monnaie à un client taiseux. L’ambiance est lourde autour du marché de Talpiot, un quartier très mélangé de la cité portuaire et troisième ville d’Israël. Les échanges restent cliniques, les mines fermées et les regards durs.

Souvent présentée comme la capitale de la coexistence, entre juifs, musulmans et chrétiens, Haïfa compte environ 15 % d’habitants arabes, moitié musulmans, moitié chrétiens. Ces Palestiniens d’Israël sont les descendants des 160 000 Palestiniens restés à la création de l’État d’Israël. Une population prise entre deux feux, deux loyautés, depuis l’attaque meurtrière du Hamas et les bombardements israéliens sur la bande de Gaza.

« Les Arabes israéliens sont face à un dilemme : bien sûr qu’ils soutiennent leurs frères palestiniens, c’est évident, mais supportent-ils le terrorisme du Hamas ? Je ne pense pas qu’ils s’identifient aux atrocités du 7 octobre », estime Sammy Smooha, professeur émérite de sociologie à l’université de Haïfa et spécialiste des relations entre Arabes et Juifs.

« Ma mère a peur pour moi »

Yael, comme tous les jours, passe acheter quelque chose à manger ou à boire chez Mahdi avant d’attaquer son service. « Le sentiment a changé. On se surprend à avoir peur quand on entend une conversation qu’on ne comprend pas, explique la serveuse juive. Comme je…

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Auteur: Julie Connan, envoyée spéciale à Haïfa (Israël)

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