Connaissez-vous le sisu ? Ce drôle de mot désigne une philosophie développée en Finlande qui se confond avec le caractère national. Cette forme de sagesse, en résonance avec les exercices spirituels venus d’autres traditions, pourrait expliquer pourquoi une fois encore la Finlande est classée comme un des pays les plus heureux au monde. Cette forme de sagesse proposant de se concentrer sur l’essentiel pour mieux en jouir, pourrait-elle inspirer nos manières de concevoir l’avenir ? En particulier, le rapport particulier que le sisu entretient avec la Nature pourrait-il nourrir nos attentes en matière de changement climatique ? Découvrez cette philosophie qui invite à « faire avec » plutôt que de s’épuiser à « s’indigner contre »…
Mes travaux ont consisté à repérer la présence d’exercices spirituels dans la société contemporaine. Cette expression désigne toute pratique destinée à transformer, en soi-même ou chez les autres, la manière de vivre et de voir les choses. Elle renvoie à la fois à un discours et à une mise en œuvre : une discipline visant à mieux vivre, à mieux être, sans être soumis à des désirs jamais assouvis. Cette notion s’élabore dans les écoles de l’Antiquité (stoïcisme, épicurisme, cynisme) qui développent des techniques (ascèse, méditation, écriture, examen de conscience, attention au corps) pour atteindre un mieux-être. Toutes placent au centre la recherche de sérénité, dans la conscience de la brièveté de la vie et des épreuves qui la traversent.
Si les exercices spirituels émergent dans la philosophie antique, ils se transforment avec le christianisme avant de réapparaître à la Renaissance, chez Érasme et Montaigne, puis chez Descartes, Rousseau, Kant ou Shaftesbury. À l’époque contemporaine, ils se prolongent chez Emerson, Thoreau, Wittgenstein, Cavell ou Foucault, sans toutefois s’inscrire dans des écoles structurées, laissant place à des…
Auteur: Xavier Pavie, Philosophe, Professeur à l’ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC

