Mouroux (Seine-et-Marne), reportage
« Psychologiquement, je ne peux plus faire le plein. Je préfère me fixer une barre de 50 euros et repartir avec moins de 30 litres. » D’une voix légère, Amélie Prévost se confie. Sur ses genoux, sa fille Lia s’est endormie. Assises en cercle autour de la jeune auxiliaire puéricultrice, cinq personnes l’écoutent avec attention. Elles se sont donné rendez-vous au café culturel de Mouroux, petite commune de Seine-et-Marne. Objectif : partager leurs inquiétudes et leurs solutions sur l’inflation galopante.
Aux quatre coins de la France, les stations-services affichent des prix sans précédent. Selon le ministère de la Transition écologique, le litre de gazole culminait la semaine dernière à 1,6540 euros, soit près de 50 centimes de plus qu’en mai 2020. Un chiffre également supérieur à ceux ayant déclenché la crise des Gilets jaunes en 2018. Le constat est le même pour le sans-plomb 95 et le sans-plomb 98, qui dépassent à certains endroits la barre historique des 2 euros le litre. Ces hausses, à l’image de celles du gaz et de l’électricité, grignotent le pouvoir d’achat des Français.
Mardi 25 janvier dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé l’imminent rehaussement de 10 % du barème utilisé pour le calcul de l’indemnité kilométrique. En clair : les contribuables optant pour la déduction des frais professionnels pour le montant réel, au lieu de l’abattement forfaitaire de 10 % appliqué automatiquement par le fisc, pourront déclarer davantage de frais de carburant et donc obtenir une réduction du restant d’impôts à payer. « Nous répondons à chaque augmentation de prix, à chaque difficulté des Français, par des décisions qui les protègent de l’augmentation des prix. […] Aucun autre État européen n’a fait autant pour protéger le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises », s’est aussitôt félicité Bruno Le Maire, ministre de l’Économie.
Hôtel de ville de Mouroux. Wikimedia Commons/CC BY 4.0/Poudou99
« À la fin du mois, ça pique »
Sauf que cette stratégie fiscale ne concerne qu’une toute petite part de la population française : 2,5 millions de ménages imposables. « Et les autres ? demande Amélie Prévost, actuellement en congé parental. Moi, je ne vais pas pouvoir profiter de cette réduction d’impôts. Pourtant, avec quatre enfants à charge, dont deux jumelles d’un an qu’il faut emmener à la crèche, j’ai aussi des trajets…
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Auteur: Reporterre

