Alors que nous préparions l’entretien avec Jérôme Baschet que nous publions cette semaine, nous avons tout naturellement sollicité notre ami Jacques Fradin en lui demandant ce qu’il pensait du livre Basculement dont nous comptions discuter. Dès le lendemain, il nous transmettait ces 17 pages de notes critiques que nous reproduisons ici pour enrichir et approfondir le débat entre institution et destitution.
Institution ou destitution ?
Il semble essentiel, aujourd’hui, de penser la destitution ou la politique négative, contre les politiques affirmatives.
Pourquoi aujourd’hui ? Parce que nous sommes dans le champ des ruines de ces politiques constituantes.
Et parce que nous ne pouvons nous contenter d’un « appel » à un grand retour à « l’animisme ».
Penser la destitution est un sujet vaste et tortueux. Nous allons donc résumer sauvagement ce thème, en empruntant une seule direction : celle de la critique du « positivisme ».
Mais cette critique, bien que très restreinte (et, peut-être, secondaire), elle-même oblige à explorer de nombreux tunnels. L’exploration sera donc, encore, limitée.
Et se limitera à deux choses : la présentation de l’espace du positivisme, puis l’introduction de l’idée de « la sortie du positivisme » (une des « sorties » qu’il faut emprunter pour « la destitution »).
Pour concentrer au maximum, dans une toute petite boîte rouge, posons que le débat s’organise entre, d’un côté, la destitution ou le communisme tribunicien, et, de l’autre, la politique constructive ou affirmative, ou le pouvoir instituant.
Précisément, il s’agit de casser la dialectique « classique » qui est supposée mettre en musique la destitution, ou simplement la critique, pour encore plus limiter, ET la reconstruction. Dialectique ordinaire de la destitution, du pouvoir destituant, ET de l’institution, du pouvoir instituant.
Alors, « le positivisme » est une expression de cette dialectique classique (autant que Comte peut être lu en termes hégéliens, « progressistes » par exemple).
« Sortir du positivisme » signifie : rejeter toute dialectique du style :
Savoir, critiquer, espérer >> monter des scénarios, développer une stratégie, dans l’incertitude, par exemple >> organiser, mobiliser,
Avec le dogme qu’il faut espérer (savoir, critiquer) pour agir.
Toute politique instituante pose le savoir, l’espoir, AVANT la lutte, espoir qui « in-forme » la lutte ; alors que la politique destituante pose toujours la lutte AVANT ; l’agir vient…
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Auteur: lundimatin

