L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), principal institut français de recherche agricole, est-il irrémédiablement dévoué à l’agriculture productiviste ? C’est ce que craint un collectif de 27 personnels de l’Inrae — techniciens, chercheurs, femmes et hommes, travaillant tant du côté des sciences sociales que de la biologie. Fait rare, ils ont décidé de contester la politique de leur institut, qui « échoue visiblement à transformer le système agricole en bout de course ».
Ils l’écrivent dans une lettre commune de candidature collective à la présidence de l’Inrae. L’institut doit renouveler le mandat de son PDG, qui arrive à échéance en octobre prochain. Leur initiative est soutenue par le mouvement Scientifiques en rébellion et l’association Sciences citoyennes.
Cette candidature a été refusée sur un point juridique, car la présidence de l’institut ne peut être collective, leur a expliqué la présidente du comité de sélection. Reste qu’ils continuent de défendre une réorientation des politiques de l’Inrae, afin qu’il se consacre vraiment à la transition agroécologique. Simon Fellous, directeur de recherches à l’Inrae, nous explique ce qui a poussé cette prise de position collective inédite.
Reporterre — Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’une candidature collective ?
Simon Fellous — On est régulièrement interpellés par la gestion de notre institut. On pense que l’un de ses rôles est de défendre le consensus scientifique et les productions des équipes de recherche, et qu’il ne le fait pas.
Un exemple assez récent est celui de l’indice de calcul des phytos [indice servant à calculer l’utilisation des pesticides en France]. Le gouvernement a remplacé l’indice de calcul historique — qui était validé scientifiquement de façon interdisciplinaire — par un autre indice totalement décrié par la…
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Auteur: Marie Astier

