«Alors oui, nous n’avons ni l’argent, ni les armes, ni les grands médias. Mais nous avons mieux : une idée, une maison commune, notre capacité d’organisation, la totalité du système productif entre nos mains et tant d’âmes qui rêvent à la vie bonne».
L’expression «la vie bonne», qui sert de titre à l’ouvrage paru en mars dernier aux Éditions Divergences, renvoie à un concept philosophique ancien. Durant l’Antiquité, elle désignait les premières formes de réflexion sur la manière de vivre selon le bien et la vertu. Aujourd’hui cette notion désigne l’idéal d’une vie heureuse et accomplie, conforme à l’éthique.
Pour Joseph Andras, il ne peut pas exister de «vie bonne» sans horizon révolutionnaire et sans lutte d’émancipation collective : c’est-à-dire le socialisme. Mais pas un socialisme galvaudé qui s’enfoncerait dans les turpitudes de l’autoritarisme et de la bureaucratie. La «vie bonne» est décrite comme une quête pour la justice sociale et écologique.
«Socialisme ou barbarie» était la célèbre option proposée par la révolutionnaire Rosa Luxembourg au siècle dernier, estimant que sans révolution la civilisation fonçait vers l’horreur. L’Histoire lui a malheureusement donné raison. Cette formule fut aussi le nom d’une revue du groupe d’ultra-gauche fondé par Cornélius Castoriadis et Claude Lefort quelques décennies plus tard. Partant de cette idée, Joseph Andras tente de réhabiliter le mot «socialiste» et s’interroge, dans un développement érudit : quel socialisme ? Celui de la Chine maoïste, de l’URSS de Staline, de l’Albanie d’Enver Hoxha ? Évidemment pas. L’auteur reproche à une partie de la gauche occidentale de balayer trop facilement d’un revers de la main l’expérience totalitaire subie dans ces pays, qui a pourtant souillé l’idée même de «socialisme» et son imaginaire. «Le siècle dernier a défiguré ce mot»…
Auteur: B
