Marseille (Bouches-du-Rhône), reportage
« Le feu est passé et il repassera. La seule manière d’habiter ici, c’est d’apprendre à vivre avec ce risque », affirme Lucile. En ce samedi de décembre, aux côtés de son conjoint et de ses deux enfants, cette comédienne de 36 ans ferme la marche d’une petite troupe crapahutant sur les hauteurs de l’Estaque, un quartier du nord de Marseille. Autour d’elle, la nature porte encore les traces de l’incendie qui a ravagé 750 hectares et touché plus de 90 habitations le 8 juillet.
De rares pins calcinés se dressent encore péniblement au milieu d’un parterre tapissé de jeunes repousses verdoyantes de chênes kermès, qui s’agrippent aux mollets. Au bout de quelques pas dans ce paysage, le groupe, composé d’une quarantaine de personnes, s’arrête pour un tour de présentation liminaire : « Marie-Blanche, ma maison a complètement brûlé » ; « Patrick, sinistré » ; « Nicolas, mon jardin est détruit » ; « Sabine, épargnée par le feu » ; « Anna, ma maison est inhabitable ».
La plupart des membres du groupe résident sur les flancs de ces collines de bord de mer et ont vu leurs habitations consumées. C’est pour rompre avec le traumatisme et la sidération qu’ils et elles participent à cette promenade, entre lecture de paysage et discussions. La troisième organisée par l’« École du feu ».
« Se réapproprier un savoir sur les incendies et l’environnement pour mieux nous protéger »
Derrière ce nom évocateur, un besoin : apprendre à vivre dans un territoire marqué par les flammes. Le projet a été initié par Julie de Muer, elle-même habitante de l’Estaque et cofondatrice du Bureau des guides du GR2013, une association qui organise des balades urbaines dans les communes de la métropole d’Aix-Marseille-Provence.
« L’École du feu part du postulat qu’il faut nous réapproprier un savoir sur les incendies et…
Auteur: Aurélien De Bolster, Niel Kadereit

