Plage de N’Gouja (Mayotte), reportage
Une vingtaine de makis sont, comme à leur habitude, en quête de nourriture sur la plage de N’Gouja, dans le sud de Mayotte. L’endroit est connu pour ses lémuriens peu farouches amusant les résidents de l’hôtel sur place, à qui ils viennent piquer les petits-déjeuners… en temps normal. Car, plus d’un mois après le passage du cyclone Chido le 14 décembre, une partie des bungalows git toujours au sol et les makis scrutent désormais davantage les pique-niques des plagistes, faute de mieux.
« Ils ont l’air plus agressifs entre eux qu’avant », remarque une femme dont la glacière est à deux doigts d’être prise d’assaut. Quelques minutes avant, des tensions se sont fait sentir entre deux groupes aux queues hérissées et aux coups de pattes faciles. Une conséquence typique du manque de nourriture, explique Laurent Tarnaud, primatologue associé au Muséum national d’histoire naturelle de Paris.
Alors que le cyclone Chido a dévasté l’île, faisant au moins 39 morts et des milliers de blessés — un bilan humain probablement sous-estimé —, la détresse de ce petit animal a ému une partie des habitants. Sa survie à Mayotte est menacée : Eulemur fulvus est une espèce vulnérable inscrite depuis 2018 sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Introduit sur le territoire il y a environ 1 000 ans par les Malgaches qui commerçaient sa viande, l’animal frugivore n’a plus de garde-mangers et, habitué à vivre et à se déplacer d’arbre en arbre, il se retrouve désorienté. Les lémuriens doivent dorénavant marcher, se mettant ainsi en danger : sur les routes, on croise régulièrement des corps fauchés par des automobilistes, des dizaines parfois sur certains tronçons.
« Je n’ai pas pu le laisser »
Quelques jours après le passage du cyclone, des enfants d’un des bidonvilles de Kahani, au centre de…
Auteur: Marine Gachet, Olivier Ceccaldi

