Tout le monde s’y accorde, l’horizon politique actuel en France est franchement déprimant. D’un côté, une fascisation évidente de la bêtise, de l’autre le revival kitch d’une gauche léniniste. On en arriverait presque à oublier que pendant presque 15 ans, disons du mouvement anti-CPE en 2005 au mouvement des Gilets jaunes en 2019, se sont déployées une pensée et une pratique anarchistes et destituantes autrement plus joyeuses et vivaces. La défaite (passagère) des uns fait toujours les choux gras des autres. Quoi qu’il en soit, ce qu’il y a d’heureux dans l’Histoire c’est que tout est toujours à re-penser et à recommencer, c’est ce que propose une nouvelle revue en ligne À bas bruits, des paysages anarchiques dont nous publions ici l’un des premiers articles signé Josep Rafanell i Orra que les lectrices et lecteurs de lundimatin connaissent bien. Une soirée de lancement est prévue le 24 janvier prochain à Paris.
L’anarchisme s’est toujours affirmé comme la ligne de fuite de la communauté contre la cage de fer sociale. Plus que jamais il vient troubler notre actualité et le temps vectorisé du désastre.
Commençons par le début, c’est-à-dire par le milieu. Par exemple dans un quartier d’exils, de migrations et de passages : tôt le matin au Jardin d’Éole dans le 18e arrondissement de Paris, un terrain clôturé par la mairie pour empêcher l’installation de migrants harassés, condamnés à errer dans la rue, un espace longé par une ferme urbaine avec quelques moutons pour donner une touche écolo à ce quartier où zonent des exilés, mais aussi des crackeurs tels des zombies, les uns et les autres harcelés par des dispersions policières. Il y a aussi le bâtiment d’une annexe du théâtre de la Villette barricadé derrière des murs grillagés où sont placardés des portraits voulant représenter « la diversité du quartier », manière d’exprimer gauchement l’intégration de l’équipement culturel dans cette géographie…
Auteur: dev

