Le 26 février, Emmanuel Macron a entrouvert la porte à un déploiement possible de troupes de l’OTAN au sol en Ukraine, « de manière officielle, assumée et endossée », jugeant que « rien ne [devait] être exclu pour poursuivre l’objectif qui est le nôtre : la Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre ».
La sortie du président de la République a suscité une levée de boucliers, tant du côté des principaux alliés de la France, que des partis d’opposition en interne. Alors que les Occidentaux ont jusqu’à présent fait preuve d’une grande prudence vis-à-vis de la Russie, puissance dotée de l’arme nucléaire, la perspective du déploiement de troupes au sol est perçue comme une escalade dangereuse, à même de donner un nouveau statut aux partenaires de l’Ukraine : celui de cobelligérant.
La polémique n’est pas neuve : depuis février 2022, chaque fois que les Occidentaux franchissent un pas supplémentaire dans leur réponse à l’invasion russe (en imposant de nouvelles sanctions ou en livrant de nouveaux types d’armes), quelques commentateurs se demandent si cela ne revient pas, cette fois-ci, à franchir le pas symbolique qui ferait basculer la France en guerre – en guerre contre la Russie. De fait, à partir de quand peut-on considérer qu’un État est « en guerre » contre un autre ? Où se situe concrètement la frontière entre la guerre et la paix ?
Les ambiguïtés du discours politique
La France est-elle en guerre, ou est-elle sur le point d’entrer en guerre, en Ukraine ? À cette question pour le moins sensible, les responsables gouvernementaux français apportent des réponses étonnamment variables. Après avoir martelé, les 2 mars, 11 mars et 9 mai 2022, que « nous ne sommes pas en guerre », Emmanuel Macron déclare finalement, dans un discours sur la crise énergétique, le 5 septembre 2022, que « nous sommes en guerre, c’est un état de fait », puis appelle,…
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Auteur: Adrien Schu, Maitre de conférences en sciences politiques, Université de Bordeaux

