À pleines dents

Première dizaine

Deuxième dizaine

Le début des années 60 est pour Charles Aznavour le moment de la consécration. Dans la foulée du succès grandissant des « Deux guitares », de « Je m’voyais déjà » et « Il faut savoir », et d’un nouveau contrat chez Barclay (qui met à sa disposition le nec plus ultra des techniques d’enregistrement et un grand orchestre haut de gamme de quarante musiciens dirigé par le surdoué Paul Mauriat), l’auteur reconnu accède au statut de « vedette » et bientôt de « star de la chanson ». Au même moment il crève l’écran chez Truffaut, en imposant une présence inquiète et intense, nerveuse, moderne, qui file un grand coup de vieillot à tous nos jeunes premiers, Belmondo et Delon compris, et fait de lui à la fois notre Keaton et notre Chaplin, notre Cagney et notre Bogart, notre Fonda et notre Clift, notre Newman, notre Cassavetes. La vraie classe américaine, et la vraie Nouvelle Vague, c’est lui. Bref : l’enragé, à l’aube de ses quarante ans, tient sa revanche, et il va en profiter. Car c’est là, pour nous, l’essentiel : de ces grands moyens notre homme va faire une grande oeuvre. Nous entrons, artistiquement, dans un nouvel âge d’or.

1. « Les deux pigeons » (Album Qui ?, 1963)

Inspirée d’une fable de La Fontaine, dont est repris le premier vers : « Deux pigeons s’aimaient d’amour tendre », puis le début d’un autre : « Amants, heureux amants », cette chanson est écrite par un cinéaste : René Clair, pour la bande-son d’un court-métrage interprété par notre Charles. Ce dernier signe la musique, qui est le grand, très grand pôle d’intérêt de l’œuvre. Une fois encore, voici une mélodie évidente, douce et plaintive, qui pourrait se passer de l’histoire – touchante et belle – qui l’accompagne, de la voix – poignante – qui la chante et des nappes – somptueuses – de cordes, de harpe et de contrebasse qui lui…

La suite est à lire sur: lmsi.net
Auteur: Pierre Tevanian

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