Cet évènement que tu vois se dérouler sous tes yeux n’a pas eu lieu, je te le dis. Et cet autre évènement qu’hier encore, tu as clairement vu se dérouler sous tes yeux et qui s’est imprimé dans ta mémoire, je te le dis aussi, n’a pas eu lieu. Je sais que tu vas me croire, non que je t’y force – ce n’est pas dans mes habitudes – mais c’est que de ma bouche, comme tu le sais, ne sort que la vérité.
Tes yeux, comme tu le sais aussi désormais, se sont quant à eux depuis toujours égarés, ils ne voient plus que des mirages qu’ils prennent pour des vérités. Ces yeux, comme tu le sais depuis que ma bouche a décrété (elle ne sait pas faire autrement) la vérité, ne peuvent en réalité se fier à aucune autre preuve, et ne valent donc rien. Il te faudra, à chaque fois que je te le demande, démentir tes propres yeux– je ne fais que le demander car je ne suis pas de ceux qui usent de la force, tu le sais. Pour être tout à fait sincère, comme à mon habitude, je te demanderai de démentir tes yeux, et cela à chaque fois que ton regard se posera sur toute chose.
Et puisque nous faisons dans la sincérité, je vais t’avouer autre chose, une chose importante, c’est la cause de l’aveuglement de tes yeux. Les hommes des temps immémoriaux, tu le sais, vivaient comme des bêtes. C’étaient des barbares, des monstres féroces, qui usaient exclusivement de la force, et ne pensaient qu’à leurs intérêts, s’en vantant même. Leur barbarie et leur monstruosité atteignaient de telles ampleurs qu’ils menaient des guerres et commettaient des massacres au nom de leurs intérêts et pour la gloire, sans même chercher à s’en cacher. Leurs cœurs ne connaissaient pas la compassion, et avant de leur donner la mort, ils parlaient de la sorte à leurs victimes : Ainsi va la vie, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, et à ta faiblesse, ou sinon peut-être à Dieu, ou au destin.
Un beau jour, le monde quitta…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

