« Delete ! Delete ! Supprimez ! Cette photo aussi ! »
Le soldat tient mon appareil photo, et c’est lui-même qui efface les clichés compromettants. Compromettants ? J’avais pourtant cru suivre la règle donnée à notre arrivée à Milam, village d’estive au pied d’un glacier himalayen : interdiction de photographier le camp militaire indien à proximité.
La frontière du Tibet, autrement dit de l’ennemi chinois, se trouve à moins de vingt kilomètres à vol d’oiseau.
À plus de 3 500 m d’altitude, cette haute vallée du Johar, dans l’État indien de l’Uttarakhand, a une grande valeur stratégique. Les touristes peuvent y passer lors d’un trek, attirés par les sommets voisins (la Nanda Devi, 7816 m) ou par les ruines de Milam, ce Pompéi himalayen abandonné avec la fin progressive du commerce transfrontalierd epuis l’invasion chinoise du Tibet en 1959.

F. Landy, Fourni par l’auteur

F. Landy, Fourni par l’auteur
Les promoteurs du tourisme (petites agences du bourg de Munsyari à trois jours de marche, tour-opérateurs de Delhi, etc.) encouragent l’arrivée de visiteurs, étrangers autant qu’indiens. Mais ce tourisme est loin d’être prioritaire face aux enjeux géopolitiques.
J’avais commis l’erreur de photographier, non seulement des panoramas où l’on pouvait discerner dans le lointain un bout de campement, mais aussi le temple local : or, sur son fronton était affichée une inscription remerciant l’armée de son soutien à la restauration de l’édifice.

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Auteur: Frédéric Landy, Professeur de géographie, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

