A quoi sert la magistrature italienne ? D’abord, bien sûr, à elle-même : sa première tâche, celle qui oriente l’action de chacun de ses membres, sera toujours de défendre et d’étendre le pouvoir si particulier que cette corporation a acquis de manière si particulière depuis les années 70 à l’intérieur de la société transalpine.
Ensuite, et immédiatement après, la magistrature sert une classe politique qu’elle a contribué à « changer pour que rien ne change », et avec laquelle elle entretient des relations symbiotiques. En lui offrant le mantra du légalisme comme seule revendication, elle a permis à la post-gauche, depuis 40 ans, de ne plus s’inquiéter de justice sociale, de ne plus s’insérer dans aucune sorte de confit social : bref, de ne plus faire de politique. A la tendance droitière et fascisante, la magistrature italienne a servi, à de nombreuses reprises, à légitimer ses obsessions réactionnaires et l’évolution sécuritaire qu’elle promeut. Les disputes superficielles des deux composantes de la politique italienne ne sauraient masquer leur accord profond : c’est ce que démontrent, après tant d’autres, deux événements judiciaires survenus presque au même moment, la condamnation de Mimmo Lucano à 13 ans de prison, et l’extradition accordée à la justice française d’Emilio Scalzo.
Bande annonce du documentaire Un Paese in Calabria de Shue Quello et Catherine Catella.
Tandis que Mimmo Lucano vient d’être condamné pour complicité d’immigration clandestine à treize ans et deux mois de prison, Luca Traini, nazi auteur d’une fusillade contre des gens de couleur, en avait pris douze. Tandis que Vincenzo Vecchi, manifestant, a pris 13 ans et 3 mois de prison pour dévastation et pillage lors du G8 de Gênes, et que la justice italienne s’acharne à obtenir son extradition, Pietro Troiani et Salvatore Gava, policiers condamnés à 3 ans et 8 mois pour avoir falsifiés des preuves afin de couvrir le massacre de l’école Diaz à Gênes, ne sont pas restés logtemps à l’ombre avant d’obtenir de splendides promotions professionnelles. Ce genre de dissymétrie est aussi vieux que la justice bourgeoise. Mais il faut tout de même rappeler que durant la période des luttes sociales aigües des années 60 à 80, la magistrature a envoyé en prison des milliers de militants pour leur participation aux mouvements d’insubordination anticapitaliste, tandis qu’elle n’a pas touché à la grande majorité des…
La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

