Le jaune et le bleu de son costume tranchent avec le gris des immeubles. Comme sorti de nulle part, un Minion – célèbre personnage de dessin animé – entraîne des dizaines d’enfants. Une chenille qui ne cesse de tourner en rond. Dans la foule, un petit garçon aux chaussures sales et bien trop grandes pour lui tient le tee-shirt de sa sœur. La majeure partie des enfants présents vivent encore dans les décombres de leurs maisons. « Allez, on s’accroche », répète, tout sourire, Ossama, 29 ans. C’est lui qui se cache sous le déguisement.
Dans sa main, des ballons gonflables roses et bleus. Originaire de Raqqa, il est l’un des fondateurs de l’ONG Balloon, organisatrice de cette fête. « Les filles et les garçons d’ici souffrent depuis trop longtemps. Ils ont besoin de s’amuser comme partout dans le monde. » Le jeune Syrien n’a jamais quitté sa ville. « Le régime Assad, les groupes armés comme Daech, je les ai tous vus. Maintenant on doit rester pour aider ceux qui n’ont pas le choix. » Un attachement pour une cité abandonnée par la communauté internationale et la plupart des grandes ONG.
Les filles et les garçons d’ici souffrent depuis trop longtemps. Ils ont besoin de s’amuser comme partout dans le monde.
Ossama
En 2017, Raqqa a été rasée à 80 % par les frappes aériennes de la coalition anti-Daech qui regroupait près de 80 pays. Personne n’est venu la reconstruire. Elle est désormais administrée, sans qu’il y ait eu d’élection, par les Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes. Aujourd’hui encore, Daech menace d’en prendre le contrôle. En 2014, l’organisation terroriste a fait de la ville le symbole de sa terreur. Un laboratoire d’où a été planifiée et lancée la vague d’attentats contre l’Europe.
En février dernier, l’ONU parlait d’un « risque de résurgence » du groupe terroriste. « Daech…
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Auteur: Céline Martelet

