A Real Pain / Jesse Eisenberg / 1 h 30.
Le cinéma est aussi une affaire de doigté. On connaît la fameuse « Lubitsch touch ». À voir A Real Pain, son deuxième long métrage, on pourrait également invoquer la « Jesse Eisenberg touch », toute proportion gardée. L’acteur de The Social Network et de Night Moves, passé derrière la caméra, signe en effet une comédie dans un contexte grave avec une grande subtilité.
David (Jesse Eisenberg) et Benji (Kieran Culkin), deux cousins qui, dans l’enfance, étaient comme deux frères, sont chacun devenus l’antithèse de l’autre. Le premier est policé, a un boulot sans intérêt, habite Brooklyn avec femme et enfant. Le second est oisif, marginal et brut de décoffrage. Leur grand-mère adorée vient de mourir. C’est pour honorer sa mémoire qu’ils se retrouvent pour un voyage particulier : destination la Pologne, sur les lieux où elle a vécu le martyr, car, juive polonaise, elle a été détenue à Majdanek, un camp d’extermination d’où elle a eu la chance de sortir.
Ligne de crête
Pour le ressort comique, le cinéaste joue sur le contraste de personnalité entre les deux cousins, David étant souvent mis mal à l’aise par le franc-parler de Benji. Même si son comportement est parfois limite, ce dernier a un naturel (il se moque des conventions sociales) et une sensibilité exacerbée qui surprennent.
La comédie de caractères s’amorçant au début est donc bien plus sérieuse qu’elle n’en avait l’air.
Par exemple, la drôlerie d’un épisode tient au fait que Benji ne supporte pas d’être assis dans un train en première classe eu égard aux conditions de déportation que les juifs ont subies. Parce qu’il est fantasque et touchant, il a une capacité à charmer quiconque, et en…
Auteur: Christophe Kantcheff

