À Rennes, l’errance des mineurs isolés, abandonnés par l’État

Comme pour se couper du monde, Hilaire a son casque de musique vissé sur les oreilles. Originaire de République démocratique du Congo, il fait partie des 39 mineurs isolés qui s’apprêtent à être délogés. À 6 h 30 précises, les phares des fourgons de la gendarmerie balaient les fenêtres de l’Espace social commun Simone Iff, à Rennes. 145 personnes en exil occupent les lieux depuis le 28 octobre dernier. Le tribunal administratif a ordonné leur évacuation (1).

Le jeune homme garde en mémoire la matinée du 23 octobre. Ce jour-là, son campement a été démantelé à quelques mètres d’ici, dans le parc de Maurepas. « C’était encore la nuit, il pleuvait, se souvient-il. La police avait bloqué les rues alentour. » Depuis son arrivée en France, en avril 2025, cet adolescent enchaîne les hébergements précaires, les évacuations, les nuits dehors.

Ni majeurs, ni mineurs

En France, 3 273 jeunes étrangers sont actuellement en recours pour faire reconnaître leur minorité (2).

2

Enquête d’Utopia 56, page 4. « En juin 2025, 3 273 mineur·e·s non accompagné·e·s “en recours” ont été recensé·e·s. »

Quand le conseil départemental conteste leur âge, ces adolescents peuvent saisir un juge des enfants. Mais pendant les longs mois d’attente – parfois jusqu’à un an et demi – ils se retrouvent au cœur d’un no man’s land administratif. Trop mineurs pour être pris en charge par le 115, réservé aux adultes sans domicile. Pas assez pour bénéficier de la protection de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Sans responsable légal, ils se heurtent aussi à des obstacles pour suivre des formations, engager une procédure d’asile, ou encore ouvrir un compte bancaire.


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Auteur: Itzel Marie Diaz

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