Entre la place d’Espagne et la place du Peuple, dans le centre historique de Rome, la rue Margutta. Ancien laboratoire artistique, où foisonnaient les ateliers de peintres et de sculpteurs, cette ruelle ressemble aujourd’hui à une grande galerie à ciel ouvert, où cohabitent des toiles au style plus ou moins agressif. Au bout de la rue, un peu caché derrière un stand, une plaque de marbre avec un dessin, de Federico Fellini et de son épouse Giulietta Masina. C’est Tiziana Todi, propriétaire d’une galerie de la rue qui, avec son père, a posé la plaque.
« C’était un très bon ami de mon père », explique la sexagénaire au regard ferme, lunettes extravagantes, cheveux courts et ébouriffés. Au fond de sa boutique, derrière un comptoir, elle nous montre un grand buste sculpté de Fellini. « La dernière fois que je l’ai vu, c’est quand il a posé ici pour cette sculpture, en avril 1993, précise-t-elle, il avait accepté à condition qu’on le sculpte avec plus de cheveux et qu’il n’ait pas besoin de rester plus d’une heure. Finalement, il est resté trois jours entiers parce que Tchapp, l’artiste bulgare qui le sculptait, parlait français et qu’il adorait parler français. Il était comme ça, gentil et disponible. »
Enrico, le père de Tiziana, travaillait avec le frère de Marcello Mastroianni, et c’est donc très naturellement que sa galerie est devenue le lieu de rencontre des Mastroianni et de Fellini. « Federico venait ici pour coincer Marcello quand il n’arrivait pas à le joindre », se souvient Tiziana, visiblement émue.
« Rome n’a plus grand-chose à voir avec celle de Fellini »
À une centaine de mètres, la place du Peuple et son institution Da Canova, bar où le cinéaste venait tous les jours prendre son petit déjeuner. « Il prenait une mandarine pressée, pas d’orange, allez savoir pourquoi… On avait toujours des mandarines en stock pour lui », raconte Angelo, directeur de…
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Auteur: Laure Giuily, correspondante à Rome (Italie)

