A Sabra et Chatila : j'ai assisté au génocide programmé par Israël.

Un peu avant 7 heures, le samedi 18 septembre, nous grimpons dans un taxi qui nous dépose moins d’une demi-heure plus tard à l’entrée de Sabra. Exactement là où nous étions la veille, Marc et moi, la place est toujours vide mais les enfants ont disparu et les armes cessé leur tapage. Nous nous engageons dans la grande allée vide. L’avenue est plus en désordre qu’à l’habitude alors que les Palestiniens s’efforcent de fignoler les abords de leur bidonville, histoire de maintenir l’ image d’une dignité. Cette fois des tôles, des poubelles éventrées et des gravats sont venus s’ajouter à la misère du décor. Sur la droite, les corps de deux hommes. dont celui d’un vieillard très maigre. Ses assassins l’ont allongé sur une grenade dégoupillée dont on aperçoit la « cuillère » prête à s’ouvrir. Celui qui déplace le cadavre est certain de mourir. Pour les pervers, la guerre du Liban est l’occasion de montrer le pire. Comme son ami d’à côté, l’homme qui repose sur la grenade a été liquidé d’une balle dans la tête.
Peu après ce point où gisent ces deux ancêtres morts, attirés par le bruit lointain d’un moteur -celui d’un char ou d’un bulldozer ?- nous nous enfilons dans une passe étroite. Puis le chemin se fait plus large. il dessine même une placette où s’ouvre une grange utilisée comme garage, son entrée est large et haute, avec un étage au dessus de la voute, un gros véhicule américain est parqué dans la pénombre. Comme la queue d’un monstre un puissant câble d’acier lié à une chaîne est attaché au crochet de remorque de cet engin, un homme gît à quelques centimètres. Sur la gauche, une dizaine de corps sont coincés entre le pick-up et le mur. d’autres cadavres, comme des sacs de ciment, ont été jetés dans la benne de la camionnette. Autour et jusque sur le terre-plein, à l’entrée du garage, encore d’autres corps. Sans avoir à bouger pour en voir…

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