Le rond-point est toujours là. Au milieu trônent quelques arbustes plantés récemment. Il n’est plus désigné comme le « rond-point de Cora ». En 2024, l’enseigne a été remplacée par un immense Carrefour. Le bungalow, les pancartes où étaient inscrites les revendications des gilets jaunes ont été enlevées.
Mais peu importe : ce rond-point à l’entrée de la zone commerciale de Saint-Avold reste le leur. Celui qu’ils et elles ont occupé pendant plusieurs années. Leur empreinte : un escalier que les gilets jaunes ont construit pour accéder plus rapidement au carrefour giratoire en évitant la boue pendant l’hiver. À côté des marches, des traces de main incrustées dans le béton où est inscrite une date : 2018, l’année de naissance du mouvement.
« Je vais remettre mon gilet jaune, prévient Juan Estevez, il est un peu usé mais il est parfait ! » Lui est resté sur le rond-point de Saint-Avold pendant près de cinq ans. « Tous les jours au départ, et puis on se relayait le samedi. Nous avions construit un bungalow qui nous servait de quartier général », ajoute fièrement le gilet jaune âgé de 69 ans, retraité de la mine de La Houve, définitivement fermée en 2004.
Les origines de la colère pour cette journée d’action du 17 octobre 2026 sont les mêmes qu’en 2018 : un prix du carburant trop élevé, un chariot de course à 100 euros chaque semaine qui ne remplit même pas le réfrigérateur, des salaires qui n’augmentent pas. « C’est même pire, alors je retourne sur le rond-point parce qu’il faut bien leur montrer, à nos dirigeants, que nous ne sommes pas d’accord. Vous savez, dans ma vie, ce n’est pas mon “hobby” de manifester ! », lance en souriant Juan Estevez.
En novembre 2018, dès les premiers jours du mouvement des gilets jaunes, plusieurs milliers de travailleur·euses, de retraité·es, de…
Auteur: Céline Martelet
