Stella-Plage (Pas-de-Calais), reportage
« Cela fait soixante ans que je viens ici. Voir la mer de loin en arrivant sur la route, c’est ça, Stella », sourit Éric, Lensois d’origine, qui joue à la pétanque avec son copain Paul sur la place de l’Étoile. La station balnéaire de Stella-Plage, sur la Côte d’Opale, est réputée pour être, dans le nord de la France, un haut lieu des « vacances populaires ». Durant des décennies, les familles de mineurs s’y sont rendus et les enfants du bassin minier n’ont pas oublié : certaines et certains d’entre eux y coulent une paisible retraite.
L’ennui, c’est qu’« ici, ça bétonne à mort », résume Robert Strangret, président du Club de l’Étoile — association d’histoire locale et de défense du patrimoine, et lui-même natif du bassin minier. Lorsque l’on glisse sur le boulevard Labrasse plongeant vers la mer, les agences immobilières défilent.
Un projet, défendu par la mairie, cristallise les tensions : la construction de quatre immeubles et d’un parking souterrain sur deux étages sur le « parc à mouettes », un terrain en friche face à la mer. Dans cet écosystème dunaire poussent le seigle de mer et le chardon bleu des dunes. Il s’agit sans doute du dernier espace naturel situé en front de mer à des kilomètres à la ronde.
La résistance gonfle. La signature du permis de construire fin février a entraîné, le 6 avril, la plus grande manifestation de l’histoire de la commune — entre 600 et 700 personnes se sont mobilisées. L’endroit a déjà survécu à toutes les tentatives de bétonisation passées, au prix de longues luttes juridiques entre la mairie et les promoteurs d’une part, et des citoyens et écologistes d’autre part. Jusqu’à quand ?
Car avoir une vue dégagée sur la mer en dehors de la plage est de plus en plus difficile à Stella. À l’instar de sa grande — et riche — voisine du Touquet, Stella-Plage…
Auteur: Mehdi Laïdouni, Stéphane Dubromel

