Le 13 janvier dernier s’est tenue à Taïwan une élection présidentielle dont William Lai, vice-président sortant et candidat du parti au pouvoir, le Parti démocrate progressiste (DPP), est sorti vainqueur avec un peu plus de 40 % des suffrages (l’élection se joue sur un seul tour).
La campagne a fait l’objet d’une large couverture médiatique, de nombreux observateurs s’interrogeant sur les conséquences que le scrutin pourrait avoir pour la stabilité de la région. Lai lui-même a estimé que cette élection était « la plus importante au monde cette année », Taïwan étant par ailleurs régulièrement désigné par la presse occidentale comme « l’endroit le plus dangereux au monde ». Si un aperçu de l’actualité internationale invite à modérer cette formule, on ne peut nier que l’attention portée au détroit et les craintes qu’il ne se retrouve à l’épicentre d’un conflit armé pèsent sur la population taïwanaise lorsqu’il s’agit d’élire la tête de l’État.
Toutefois, cette année, une partie de l’électorat taïwanais a souhaité se concentrer davantage sur les discussions relatives aux affaires intérieures du pays, comme l’atteste le score (26 %) obtenu par Ko Wen-je, ancien maire de Taipei et candidat du Parti populaire taïwanais (TPP), qui affirme incarner une voie non traditionnelle dans la politique taïwanaise. Sa popularité illustre la lassitude, particulièrement sensible au sein d’une partie de la jeunesse, envers les deux partis ayant gouverné Taïwan jusqu’à présent (le DPP et le Guomindang, dont le candidat a récolté 33,5 % des suffrages).
Une scène politique traditionnellement bipartite
Rappelons que le Parti nationaliste, ou Guomindang (KMT), fondateur de la République de Chine (ROC) en 1912, s’est exilé à Taïwan en 1949 à l’issue de sa guerre contre le Parti communiste chinois. Après quatre décennies de dictature, il est demeuré, après le processus…
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Auteur: Inès Cavalli, Doctorante en science politique et en études chinoises, Université Rennes 2

