Après la Seconde Guerre mondiale, au nom de la modernisation capitaliste, l’État a imposé un violent et destructeur remembrement des campagnes. Depuis une vingtaine d’années, c’est le désenclavement qui a pris le relais et justifie les grands projets d’artificialisation et d’appropriation des terres. L’exemple de l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse illustre la toxicité de cet héritage modernisateur et colonial. Voici les bonnes feuilles du livre Il était une fois l’A69, par Geneviève Azam et le collectif La Voie est Libre (Cairn Éditions, 2024).
À l’heure où nous publions ces extraits, nous apprenons aussi que douze personnes appartenant à l’association La voie est Libre, à ATTAC Tarn et au GNSA (Groupe national de Surveillance des arbres) sont convoquées au commissariat de Castres ce jeudi 30 mai, avec en perspective des gardes à vue pour « complicité de destructions matérielles ».
Je reviens ici sur ce projet bâti sur l’obsession du « désenclavement », nouvelle étape de l’accumulation capitaliste et de la destruction programmée des conditions de la subsistance. Il est à la fois localisé, comme tant d’autres projets de démantèlement de territoires de vie, et global. C’est pourquoi la défense de ce territoire par les opposant⋅es à l’A69 participe d’un horizon des luttes plus global, qu’elle nourrit et qui la dépasse.
Le désenclavement a un ancêtre proche, le remembrement. Dans les deux cas, il s’agit « d’aménager » et d’assurer la continuité de l’exploitation économique et technique entre des parcelles cadastrées, parcelles de terre pour le remembrement, parcelles de territoires ou de pays pour le désenclavement.
Du remembrement au désenclavement « durable »
Revenir, même rapidement, sur cette histoire longue est éclairant. Après quelques tentatives après la Première Guerre mondiale, la loi qui institue vraiment le remembrement date de l’époque de…
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